Auteur : Romain Gary
Nationalité : Français
Genre : Roman
Editeur : Gallimard
Publication : 1973
Date de la critique : Juillet 2008
Nice - Californie, même combat
La Promesse de l’aube m’a fait ressentir des échos dans mes tréfonds, vibrer de tant de références à ces mythologies personnelles et familiales, virevolter de tant de prouesse à l’écrit. Un peu comme si je m’immergeais dans un livre sans oppression, tenu par la main par un auteur qui semble s’adresser à moi et transcende des sentiments que je croyais depuis longtemps enfui.
L’Homme est un beau parti : écrivain, Consul général de France à Los Angeles, Compagnon de la Libération et pilote de chasse, tout cela sent trop le déjà-rêvé pour être totalement innocent. Il a résisté au suicide, fait face à la vie et au Monde avant de s’incarner tout entier dans les rêves que sa mère avait mis en lui. Il a connu les plus belles femmes du Monde, les plus belles fêtes, les amis les plus intelligents, et reste d’une simplicité étonnante, accessible, sensible, au point presque qu’il semble au lecteur n’être là que par hasard dans les pensées les plus intimes d’un homme qui n’a pas démérité. Il est tout entier lui-même, s’offre aux autres, dans toute sa complexité, son âge qui laisse transparaître une jeunesse éclatante, et redonne à la vie un sens que je ne lui avais plus trouvé depuis longtemps. Il est tout entier lui-même, en moi, comme un nouvel espoir, après tant de déceptions. Il est tout entier lui-même, un appel pour continuer à se battre et avancer, quoiqu’il en coûte, parce que c’est là que l’on reconnaît les Hommes de valeur.
Voilà. Il va falloir bientôt quitter le rivage où je suis couché depuis si longtemps, en écoutant la mer. Il y aura un peu de brume, ce soir sur Big Sur, et il va faire frais et je n’ai jamais appris à allumer le feu et à me chauffer moi-même. Je vais essayer de demeurer là encore un moment, à écouter, parce que j’ai toujours l’impression que je suis sur le point de comprendre ce que l’Océan me dit. Je ferme les yeux, je souris et j’écoute… Il me reste encore de ces curiosités. Plus le rivage est désert et plus il me parait toujours plus peuplé. Les phoques se sont tus, sur les rochers, et je reste là, les yeux fermés, en souriant, et je m’imagine que l’un d’eux va s’approcher tout doucement de moi et que je vais soudain sentir contre ma joue ou le creux de mon épaule un museau affectueux… J’ai vécu.
Et dans mes yeux, la même plage déserte, à Rosarito, au Mexique, le sable blanc désert à perte de vue. Point de phoques, quelques coquillages, et le sentiment d’une communion des sentiments oubliée depuis des lustres.
Etoiles : ***
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