La Vie devant soi

Auteur : Romain Gary (écrit sous le pseudonyme d’Emile Ajar)

Pays : France

Genre : Roman

Editeur et collection : Gallimard Folio

Pages :

Publication : 1975

Date de la critique : 31/12/2011

 

La Vie devant Soi, c’est l’histoire de Momo, un enfant d’une dizaine d’années, qui veut grandir avant son âge. C’est aussi l’histoire d’un garçon d’origine maghrébine qui restera auprès de Madame Rosa – une vieille dame juive qui tenait officieusement une pension pour les enfants laissés par leur mère dont le quotidien est la prostitution- jusqu’à son dernier souffle. C’est surtout une histoire d’amour entre cette dame qui considère Momo comme son propre fils, et ce dernier qui n’a que Madame Rosa pour repère.

 

Une volonté d’affronter les difficultés du monde des adultes, tout en conservant l’innocence d’un enfant, telle peut être résumée la personnalité de Momo dans cet ouvrage. Des thèmes délicats, tels que la fin de vie, l’euthanasie ou encore la maladie d’Alzheimer, mais également historiquement lourds – la Shoah, Auschwitz- sont abordés naturellement par Momo. Plus le sujet est tabou, plus il est relaté simplement par ce jeune garçon. En pleine crise d’identité, Momo veut comprendre et nous incite à chercher avec lui la signification des évènements qui surviennent au quotidien, et qui bien souvent le dépassent.

 

Ce roman reflète l’insouciance que l’on aimerait préserver en cas de difficultés. La candeur du narrateur permet de nous identifier à lui, d’imaginer ce qu’il ressent. Parfois même, on pense deviner ce que Momo ne comprend pas, et c’est précisément à cet instant que la frontière entre le narrateur et le lecteur se (re)dessine : deux mondes distincts resurgissent lorsque notre vision d’adulte nous permet de deviner ce que cet enfant ne comprend pas encore.

Il reste à saluer la faculté de suggestion de l’auteur. Ainsi, on ne peut que comprendre les raisons d’attribution du prix Goncourt à cet ouvrage en 1975… et pardonner à Romain Gary d’avoir publié cette œuvre sous le pseudonyme d’Ajar pour pouvoir concourir une seconde fois au Prix. Cinq ans avant de disparaître, il infligea ainsi un camouflet superbe aux critiques qui le traitaient avec condescendance.

 

Etoiles : ***

Hélène Bulle

 

PS : En résumé, trois bonnes raisons de lire ce roman :

 

- Pour retrouver la candeur que nous avions à l’âge de Momo, et que l’on aimerait parfois préserver en tant qu’adulte ;

 

- Afin de relativiser les soucis (futiles ?) qui accompagnent notre quotidien ;

 

- Pour se rappeler qu’il est possible d’affronter en toute innocence des sujets tabous, actuels et passés.

 

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