Auteur / Traducteur : Ernest Hemingway / Marc Saporta
Nationalité : Américain
Genre : Roman
Editeur : Gallimard, Littérature du Monde Entier
Publication : 1964 / 2011
Date de la critique : 27 septembre 2011
Beaucoup pensent tout savoir d’Ernest Hemingway. Comment il a vécu, comment il est mort, ses ouvrages, sa vie amoureuse tumultueuse, comme un personnage mythique hantant Cuba l’américaine. Il a régné sans partage sur un mouvement littéraire américain entré dans l’Histoire, la Lost Generation. «Ecrire comme Cézanne peint», au plus près des sensations et des impressions, il culmine dans Paris est une fête, publié de façon posthume. L’occasion de revenir, une dernière fois, sur les débuts de sa carrière et des années heureuses dans la ville des Lumières.
Contre toute attente, lire Paris est une fête permet de découvrir un Hemingway méconnu, loin de l’homme dans la force de l’âge de l’Adieu aux Armes ou l’homme plus âgé des Neiges du Kilimandjaro. Un auteur qui célèbre des moments anodins de sa vie de jeune homme, les premières années passées avec son fils aîné ou la difficulté à joindre les deux bouts. En revenant sur son amitié avec Gertrude Stein ou Francis Scott Fitzgerald, réglant des comptes au passage, il trace en filigrane une vision du Paris populaire, volontiers gouailleur et porté sur la boisson. Prise de recul sur le Paris bourgeois des restaurants fins, petit groupe insouciant nés sous une bonne augure, ils vivent en grands enfants dans une société qui se remet doucement de la Première Guerre Mondiale et de ses privations.
L’ouvrage est néanmoins resté à l’état d’ébauche, et seules les premières «vignettes parisiennes» ont été abouties : indices de vie qui s’effilochent, les différents chapitres perdent en saveur et en cohérence au fur et à mesure de l’ouvrage. La beauté des premières pages se perd, alors que des épisodes tirés d’époques et de contextes très divers se succèdent, pensées personnelles, réflexions sur l’écriture, scènes de la vie courante. Le lecteur peut y perdre patience, mais telle est la vie des poètes maudits, dont les plus belles pages sont souvent restées incomplètes.
Ce livre, qui en l’état fut mis de côté par un Hemingway gagné par la folie, n’aurait peut-être pas dû paraitre du tout. Il n’en reste pas moins un morceau de vie authentique de l’auteur, doté d’autant plus de relief dans cette nouvelle édition, revue et augmentée sous le patronage de Sean Hemingway, petit-fils du Papa. Une vision plus claire, plus authentique que celles que l’on peut trouver dans les éditions dites «classiques», et dont l’intérêt dépasse le spécialiste de littérature, à destination du plus grand nombre. Et pour notre bon plaisir.
Etoiles : **
Écrire commentaire