Auteur / Traducteur : Iceberg Slim, alias Robert Beck / Jean-François Ménard
Genre : Mémoires
Editeur : Edition de l’Olivier, Petite bibliothèque américaine
Pages : 377
Publication / Traduction : 1969 / 1998
Date de la critique : 26/10/2011.
Déconseillé aux moins de 16 ans.
Pimp, ou la biographie à peine romancée d’un proxénète, fait froid dans le dos.
Cette biographie sent un stupre déliquescent originaire des bas-fonds d’une Amérique puritaine encore assise sur ses fondements ségrégationnistes ; où avec violence et frénésie, les «macs» règnent en maîtres absolus sur ces Sodome et Gomorrhe modernes.
A la lecture on comprend que cette société fragmentée, présentée sous une forme manichéenne par l’auteur, ne survit que par l’opposition systématique de chacun de ses éléments constitutifs… l’harmonie n’existe pas et ne doit pas exister, sauf peut-être dans les drogues hallucinogènes qui, en masquant l’horreur du quotidien, supprime la conscience.
Le décor suinte le sordide mais, outre quelques érudits qui savent quand pour la première fois Duke Ellington fît vibrer son Mood Indigo, il est difficile de situer in temporis ce brûlot sans concessions sur l’univers noir de la nuit. La vie y est décrite comme intemporelle, rythmée par des névroses et au final dénuée de sens. Le quotidien de chaque individu s’alimente d’immédiateté et aucune aspérité ne doit polluer la froideur des apparences.
Malheureusement, tous les ingrédients d’une mauvaise téléréalité moderne sont aussi présents dans l’histoire et, au fil des pages, l’intrigue trop répétitive finit par lasser. L’énième description du sadisme, dont Slim - ne l’oublions pas - est l’auteur, n’apporte rien à la compréhension d’un récit au demeurant syncopé par l’omniprésence d’un « je » qui en alourdit la narration.
Reste alors la brutalité crue vécue par Beck, qui dans une pluie de phrases courtes sonne comme le bruit des gouttes sur un trottoir. Nausée sociale, qui inonde peu à peu l’œuvre du malaise induit par l’ingéniosité cruelle des hommes à sublimer l’exploitation d’un être humain par un autre.
Pimp sonne in fine comme le témoignage rédempteur d’un homme sur une époque misogyne et violente que l’on aimerait tous, et lui le premier, voire révolue.
Etoiles : **
Extraits :
Un mac à une fille de son écurie : Allez, tire-toi d’ici et va bosser. T’en fais pas pour la pluie. T’as qu’à passer entre les gouttes, péta###.
Iceberg Slim après son évasion : Ces salauds de Blancs vont être dans tous leurs états, me dis-je. Ils en seront secoués jusqu’au trou du c##. Ils me traiteront de salop### de nègre, de fils de #### et d’un million de noms du même genre, mais il y a une chose qu’ils seront obligés de reconnaître dans le secret de leur férocité, c’est que j’ai été plus intelligent qu’eux.
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