Le Mort saisit le vif

 

 

Auteur : Henri Troyat

 

Pays : France

 

Genre : Roman

 

Editeur : Editions Famot

 

Pages : 365

 

Publication : 1942

 

Date de la critique : 26/11/2016

 

 

Le mort saisit le vif est un journal intime dans lequel Jacques Sorbier confie à sa femme Suzanne les remords de son plagiat. Lui, qui vivotait comme simple rédacteur dans un journal pour adolescents, s'est laissé tenter : publier à son nom le roman d'un autre. Le roman de Georges Galard, l'ex-mari de Suzanne, l'ancien camarade de lycée de Jacques, décédé quelques années plus tôt. Cette œuvre, Susanne en avait pieusement conservé les manuscrits parmi les affaires du défunt. Elle seule connaissait le secret de leur l'existence. Georges l'avait intitulée La Colère, c'était son premier roman. Il était excellent, enlevé avec maestria. Si Jacques le publiait à son nom, qui se rendrait compte de la supercherie ? Quel mal y aurait-il à le faire, puisque Georges était mort ? Et puis ses parents, les autres ayants droit, n'étaient pas impécunieux. Pour Jacques et Suzanne, en revanche, la publication de ce livre apporterait, qui sait ? le confort matériel, la réussite sociale, la renommée littéraire...

 

 

 

Ce roman d’Henri Troyat est captivant, parce que l'on suit au jour le jour les états d'âme du jeune plagiaire, confronté au succès, qui le grise, et en même temps le détruit, puisque ce succès n'est pas le sien. On le voit clairement aux prises avec deux parties de lui-même. L'une flattée par Suzanne, qui l'incite à profiter de la situation et à s'arranger avec sa conscience ; et l'autre, qui se rebiffe contre la manipulation dont il est l'objet et cherche une voie de rédemption. Jusqu'au bout, l'auteur fait durer le suspens, et nous fait douter de la force victorieuse.

 

 

 

Ce journal intime est aussi le combat d'un vif contre un mort, un combat inégal. Henri Troyat nous rappelle – mais en fût-il lui-même convaincu ? - lui qui fut plus tard condamné pour plagiat après la publication de sa biographie de Juliette Drouet en 1997, que le génie est unique. Le succès place Jacques Sorbier en porte-à-faux avec lui-même, l'oblige à multiplier les faux-fuyants, le met aux abois, le pousse à l'absurde : se métamorphoser en Georges Galard.  Ce n’est que l'aveu de son larcin, et la déconstruction de l'image qu'il s'était faite de son ancien camarade de lycée, qui lui permettront de s'accepter tel qu'il est et de choisir son destin.

 

 

 

Ce roman est un roman psychologique qui débouche dans l'univers de l'absurde et du fantastique. Malgré quelques longueurs, j'ai bien aimé ce livre, son style imagé, l'engrenage de l'intrigue. J'en recommande vivement la lecture.

 

 

 

Loïc L.

 

 

 

*** : Très bon livre

 

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