Rien ne s’oppose à la nuit

Auteur : Delphine de Vigan

Pays : France

Genre : Roman

Editeur : Jean-Claude Lattès

Pages : 432

Publication : 2011

Date de la critique : août 2012

 

Secret(s) de famille

 

C’est sous un titre mystique et mystérieux que se cache un livre à la fois éblouissant et sombre. Dans ce « clair-osbcur » littéraire, on retrouve le roman autobiographique d’un écrivain à la recherche d’une histoire familiale marquée par les joies, les secrets, les hypothèses, les erreurs et les drames. Le charme du titre : « rien ne s’oppose à la nuit » traduit celui du contenu qu’il recèle en son sein! Il est révélé par une introspection mise à nue - une recherche de l’auteure des raisons inconnues ou dissimulées mais utile pour comprendre et se construire - à l’heure du deuil de cette mère, Lucile.

 

« Dans la cuisine de la maison, {…} à l’intérieur des portes d’un vaste placard {…}, comme le décrit Delphine de Vigan, étaient inscrites les dates de naissance – et de mort, le cas échéant- de tous leurs descendants. Quand j’étais enfant, ces dates étaient écrites à la craie sur un tableau noir {…}. » Ce sont ces morts qui rythment l’ouvrage faisant osciller le lecteur entre réalité et fiction, entre révélation et secret, laissant les différentes versions d’une histoire se construire et les mots – jamais prononcés - se répandre peu à peu sur la douleur ressentie, transmise mais jamais comprise.

 

Le silence est en effet un leitmotiv tout au long de l’ouvrage, celui-là même qui renforce cet oxymore littéraire, laissant l’écriture raconter le silence de cette mère. « Lucile s’était retirée, loin de nous, loin de tout. Elle n’était plus qu’une figurante dans un film dont le scénario semblait lui échapper chaque jour davantage, stationnait au milieu du plateau, n’entendait pas qu’on lui demandait de revenir au centre, ou au contraire de s’écarter, ne captait plus la lumière, s’en moquait, cherchait un endroit où elle pourrait passer totalement inaperçue et somnoler les yeux ouverts, sans pour autant être considérée comme absente ni démissionnaire. »

 

Romain Gary dans La Promesse de l’aube faisait le portrait de sa mère et d’une relation qui l’a construit et l’a en partie détruit. Ici Delphine de Vigan nous laisse ressentir cette relation maternelle marquée par la douleur et qui l’a finalement construite pour dépasser les blessures et surmonter les histoires familiales.

           

Etoiles : 3/5

 

Nicolas Salvi

 

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